Votre écologie, vous la préférez saignante ou bleue ?

6 Oct

Ou comment la radicalisation du discours publicitaire amène à prôner le respect de mère nature… en flinguant des humains.

Coup sur coup, 2 dispositifs publicitaires d’une violence rare dans le monde jovial et étoilé de la publicité nous ont été proposés. Jouons au jeu des ressemblances de forme et de fond :

1/ WWF et sa campagne gore en réalité augmentée pour la protection d’une espèce animale. Avec un dispositif à l’effet tellement wahou qu’on n’en retient rien (Test si vous l’avez déjà vue et avant de continuer : pouvez-vous citer de tête l’espèce dont il est question de préservation ?) :

2/ L’absurde et sanguinolente campagne 10:10 “No pressure” qui a suscité un tollé blogosphérique international et le communiqué officiel d’excuses qui va bien pour répondre aux accusations d’”éco totalitarisme“, de “meurtre d’enfants” ou de “fascisme” (notez au passage le sens de la nuance dans les propos).

Résultat :
- Le même mode d’interpellation : une mort soudaine accompagnée de quelques bouts de viande et d’hectolitres d’hémoglobine.
- Le même enjeu : le développement durable.
- Mais surtout la même bascule de communication, particulièrement saisissante au regard des messages traditionnels : ce n’est plus la nature qui souffre ou meurt, c’est l’Homme qui désormais verse son sang (et perd des morceaux).

Le changement de perspective, dénominateur commun de ces deux campagnes, n’est pas anodin. Il dit beaucoup de choses. Il y a encore très peu de temps, en publicité et sur les mêmes sujets, c’était bien la nature qui saignait en encaissant les coups des excès humains :

Les doigts d’orangs outans

Une pluie de corps d’ours polaires

Désormais c’est donc bien l’humain qui paie directement. On ne pointe plus du doigt publicitaire la conséquence de nos actes (la nature ou les bêtes), on en pointe la cause (nous). Ok. Ce peut être un shift efficace pour faire changer les comportements : jouer sur la crainte personnelle vs la culpabilité collective et recentrer sur le désagrément individuel direct vs la cata mondiale abstraite.

Encore faut il le faire finement.

Des gerbes d’organes et explosions de cervelles pour sauver la planète ?

Réponse : WTF ? Comment peut-on inciter à des comportements individuels ou collectifs vertueux en faisant violemment gicler et en annihilant symboliquement tout ou partie de notre public ?

Les grands optimistes arguent que ce changement de ton marque une prise de conscience réelle et salutaire : ça y est, le fait que c’est le sort de l’humain qui est en jeu dans la lutte contre les dérives qu’il a lui même créé est intégré. Victory. Ouaih… mais non. Cet extrémisme visuel et cette focalisation sur l’humain déchiqueté ne sont que communicationnels. Le recours a des ressorts créatifs d’une violence de plus en plus crue pour interpeller est plutôt de mauvaise augure. C’est le signe d’un affaiblissement significatif de la portée du discours écologique qui, pour marquer les esprits, doit aller toujours un cran plus loin, au risque de diluer encore son message sous des couches de provocation.

En fait, ces campagnes sont l’aboutissement logique de la saturation qui poind dangereusement à l’horizon après une longue séquence de discours, parfois lénifiants, sur le développement durable. Pour rappel et dans les grandes lignes, nous avons empilé en (seulement) 4 ans :
- les belles initiatives vulgarisantes et mobilisatrices (« Home » de Yann Arthus Bertrand, « Une vérité qui dérange » d’Al Gore pour ne citer que les plus représentatifs) ;
- des “Grenelles” divers et variés, à l’utilité irrégulière mais toujours en grande pompe ;
- l’installation avec force communication de voix vertes crédibles et électoralement soutenues dans les paysages politiques français et européen (même brésilien !).

Avec, en terme de résultats concrets :
- le flan mal cuit des conclusions du sommet de Copenhague;
- une taxe gobelet qui a effrayé nos élus (c’est vrai que le nom faisait peur) et une cotisation carbone tout simplement avortée;
- une nappe de pétrole noir de la taille de la Bretagne en plein océan Atlantique.

L’écart entre discours et réalité a rarement été aussi grand sur ces sujets. La promesse environnementale n’a de cesse d’enfler quand les actes politiques, entrepreneuriaux et citoyens demeurent faiblards. Du coup, le grand écart devient difficile à tenir. Et en réponse, certains annonceurs, y compris associatifs, poussent le bouchon publicitaire, menacent ceux qui restent indifférent ou ignorants de la cause et divisent sur un enjeu planétaire.

Warning. Global warning.

5 Responses to “Votre écologie, vous la préférez saignante ou bleue ?”

  1. Publigeekaire 06/10/2010 at 9:50 am #

    Moi je sais pour la RA, c’est le tigre de Sibérie :)

    Bon j’ai écrit dessus donc forcément je triche un peu.

  2. Greg 06/10/2010 at 10:11 am #

    L’écologie à son extrème n’est clairement plus un humanisme, ce qui est totalement logique (mais terrifiant bien sur). Puisque c’est de l’homme que vient le problème, moins il y aura d’homme plus la nature ira mieux CQFD. On nous le dit depuis longtemps. Quand tous disent: si nous vivions tous comme des américains il nous faudrait 5 planètes. Conclusion logique, avec un nombre d’occidentaux divisé par 5 on aurait assez d’une planète. ce qui va de paire avec ses opé ultraviolent c’est ce qui existera bientôt: des attentas écologiques. Tuer les humains qui tue la nature… Le pire c’est qu’on ne se rend pas compte que l’écologie, à son paroxisme devient un totalitarisme incompatible avec l’Homme.

  3. Clément 16/10/2010 at 10:48 pm #

    Damned, je n’avais pas vu le film 10/10. C’est flippant de voir à quel point l’extrémisme est assumé quand il est question d’écologie… c’est un peu comme le racisme anti gros ou anti roux, cela semble normal alors que c’est tout aussi grave que le racisme tradi.

    J’ajouterai cette campagne http://www.youtube.com/watch?v=ua-omtMq6eo&feature=player_embedded qui est dans le même genre.

  4. Jean Winslow 22/02/2012 at 4:16 pm #

    Major thankies for the article.Really looking forward to read more. Awesome.

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  1. 10:10 c’est dimanche! - 03/10/2011

    [...] réactions: En France: http://www.responsablesoupas.net/developpement-durable/votre-ecologie-vous-la-preferez-saignante-ou-... Aux Etats-Unis: [...]

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