Don en ligne : l’internaute est une pince, l’annonceur a des oursins dans les poches

29 Nov

Le blog bouge (à nouveau). Nul ne sait s’il le fera souvent. Et on va prolonger un sujet déjà abordé ici et il y a… longtemps maintenant ;).

crédit photo : tecfa“C’est gratos sur Internet”

L’Interweb mondial a toujours été synonyme d’économie d’argent. Dés ses débuts, avec l’arrivée des premiers sites d’e-commerce et des newsletters promotionnelles, le vèbe c’est le royaume du bon plan (Radin.com), de l’échange (Homeexchange), des couts moindres (Priceminister), des milliers de petites annonces (Ebay) de la gratuité voire – pour certains qui refusent d’avancer – du pillage. Bref, sur le web c’est toujours moins cher et on aime bien ça. Dans un contexte économique et financier aux mieux incertain, au pire et pour beaucoup difficile, cette tendance n’en est que d’autant plus vraie.

Bon et puis le web c’est aussi le lieu de l’échange, du partage et de la mobilisation, tout ça. Mais je refais pas le coup du formidable web 2.0 et de la campagne online de levée de micro fonds qui a porté Barack Obama hein ?

La question qui me taraude depuis quelques temps est celle-ci : alors qu’Internet a très fortement évolué, pourquoi en sommes nous restés au don 1.0 ?

Si nous donnions à plusieurs, nous serions plus riches généreux

Actuellement, les opérations d’intérêt général ou humanitaire faisant appel à la générosité fonctionnent soit sur un système de don individuel classique plus ou moins bien médiatisé OU sur ce mécanisme :

Engagez-vous pour notre cause :
+ déclarez-le (se traduisant généralement par un clic / like Facebook / inscription / retwitt)
+ mobilisez autour de vous
= le volume de personnes déclarées / clics / fans est converti en argent versé par un annonceur pour une bonne cause.

En ce qui concerne le don, la capacité mobilisatrice du web moderne est utilisée pour regrouper des gens dans le but de faire payer un tiers. C’est le cas d’opérations (ou belles intentions) pour Orange, le crédit coopératif ou tout récemment Dixel et Energizer pour l’UNICEF (vous pouvez toujours participer)

Le truc c’est que dans le domaine caritatif, le digital rend possible l’accès à la générosité immédiate, planétaire et donc massive. Certes. Mais :
1/ il diminue le niveau d’engagement demandé à l’internaute
2/ augmente le bénéfice narcissique direct via la médiatisation de cet engagement auprès de son réseau social

Oula, grosse phrase pas claire… En gros : pas de souci pour faire liker par tout le monde la page Facebook de votre cause (engagement minimal de l’internaute : un clic + satisfaction d’avoir fait sa B.A et de le faire savoir à tous ses contacts automatiquement) : beauuuuucoup plus difficile d’obtenir un engagement financier, même faible. Logique aussi.

La tendance de la consommation collaborative

C’est une de ces fameuses “tendance émergente”, un signal comportemental pour l’instant faible, mais forcément accéléré par la crise : la consommation collaborative. Ou comment le web permet d’acheter, de louer, de prêter et d’échanger à plusieurs pour faire davantage d’économies. Rien de bien révolutionnaire (gros volumes = économies d’échelle) mais tout ça se structure depuis quelques mois. C’est d’ailleurs très bien résumé par Olivier (sur un ton léger) ou sur Internet Actu (en mode plus relou).

Cool. Et si on appliquait ce schéma au caritatif ? C’est le don collaboratif.

Philanthropons ensemble mes frères

Que diriez-vous si on vous proposait non pas de donner seul dans votre coin pour une somme indéfinie, mais de donner réellement avec d’autres sur une somme déjà prédéterminée ?

Avec le don collaboratif, on joue sur des ressorts simples :
- l’effet bandwagon (y’a déja du monde qui a mis la main au portefeuille, j’y vais aussi)
- la force de la prescription (mon frère est dans ceux qui ont participé, j’y vais)
- la valorisation individuelle et le bénéfice social du don (j’ai mis de l’argent, je vais le twitter pour etre sûr que tout le monde le sache)

Petite mise en situation psychologique (de comptoir bien entendu) :

Exemple 1 :
Soutenez Responsable ou pas pour refaire le thème moche du blog, indiquez ici le montant de votre don :
> “arf, je met 5 euros, ça sert à rien et ça fait rat ; 50 ? ouaih mais et le nouveau Halo… me le paye comment du coup ? Donc non”

Exemple 2 :
Soutenez Responsable ou pas pour refaire le thème moche du blog.
Vous êtes déjà 56 à avoir donné : 225 euros réunis sur 400 euros nécéssaires
Ont contribué (via Facebook) : votre ami, votre beau frère, votre plan cul
Indiquez ici le montant de votre don :
> La question de votre motivation et du montant du don ne se pose plus trop si ?

(et puis le prochain Halo a l’air pourri en plus)

Ajoutez à cela la valorisation finale d’avoir collectivement participé au don et la mention de la somme globale récoltée annoncée à votre réseau social (vous pouvez le dire, votre participation personnelle de 5 euros est noyée dans le montant global ;).

Dans un contexte économique difficile, le don n’est bien entendu pas la priorité pour beaucoup. Normal. Avec le potentiel du don collaboratif, l’internaute et ses oursins sont contents (il donne peu d’argent). L’annonceur gripsou aussi (il y a plus d’argent). Surtout, l’important, c’est que le bénéficiaire final y gagne.

Réinscrire le don dans l’action collective. En faire une dynamique à plusieurs pour augmenter le volume d’argent récolté. C’est une piste à discuter. Je vais continuer d’y réflechir.

4 Responses to “Don en ligne : l’internaute est une pince, l’annonceur a des oursins dans les poches”

  1. Maudule 30/09/2010 at 10:57 am #

    Réflexions très intéressantes.
    Par rapport à ta proposition de don collaboratif, j’ai découvert récemment ce site qui permet de “fund” des initiatives individuelles. Ces dernières sont pas nécessairement des causes (plutôt des idées de projet créatif) mais le site, bien foutu, vaut le coup d’oeil :http://www.kickstarter.com/

    Après, il y a d’après moi un véritable problème concernant le don (et plus globalement le rapport aux charities) en France et dans les autres pays où l’Etat occupe un rôle de poids et où il y existe historiquement une forte protection sociale : quelque part, les gens ne se sentent pas (ou ne veulent pas être) légitimes pour donner de l’argent, considérant que c’est à l’Etat de prendre en charge les inégalités, la souffrance des autres etc.
    Dans les pays où l’Etat est désengagé, comme aux States par ex, les dons des particuliers sont beaucoup plus nombreux et généreux.
    Sans compter l’aide du secteur privé. Ex en Angleterre : quand tu fais un don, ta boîte est censée donner l’équivalent. Motivant non ? (Je ne sais pas par contre si ça vaut pour toutes les boîtes).

    Enfin, autre élément à prendre en compte : l’investissement temporel des gens. Le principe : à défaut de donner de l’argent, prendre le temps de faire quelque chose de plus “valuable” (online ou offline) que simplement cliquer sur le bouton “Like” d’une Fan page.
    A cet égard, des sites de mise en relation voient le jour, comme celui-ci (malheureusement limité à NY) : http://www.catchafire.org/

    En tout cas, une problématique passionnante autour de laquelle on pourrait discuter des heures…

    PS : il faut absolument changer ce vert de ROP qui m’explose les yeux. Je suis prête à y mettre le prix.

  2. Olivier 30/09/2010 at 7:03 pm #

    Y’a juste un truc qui me chiffonne avec l’exemple 2… c’est la situation “chantage”…

    À titre d’exemple, au Québec, on a eu une campagne pour une fondation d’un hôpital pour enfant. Le but c’était : 5000 toutous pour 50000 fans (un toutou au Québec, c’est un doudou en France).

    Mais genre… si on atteint pas les 50000 fans… vous donnez rien aux enfants ? (bande de gros bâtards)

    Je reste persuadé que le simple fait de dire “on va donner 5000 toutous à des gamins”, sans objectifs réels, amènera à un engagement plus naturel des gens.

    Moins de fans certainement, mais certainement des fans un peu plus concernés avec qui engager un réel dialogue ensuite. Pas ceux qui ont liké par sentiment de culpabilité.

    Y’a une phrase que j’adore, qui a été écrite par la “chief insight editor” de Adage :

    «Supporting or denouncing a cause is as simple as hitting the “like” button on Facebook or posting a hashtag to Twitter. And that’s often where it ends. But that can also be where it begins.»

    On va dire qu’avec des pratiques “par objectif” on stimule le côté “collection” contre le véritable engagement. Mais les organismes ont besoin de résultats du genre nombre de fans etc…

    O.

  3. Monsieurp 01/10/2010 at 2:02 pm #

    @Maudule c’est vrai que l’”état providence” (tel qu’il est jugé souvent aux USA notamment, à discuter néanmoins) change notre rapport au don. Je ne connaissais pas les initiatives dont tu parles.
    Je suis encore plus d’accord concernant le vert de ROP. D’où mon appel au don (financier ou en temps ;))

    @Oliv le problème de l’opération “5000 toutous pour 50000 fans” (au delà de son titre ;)) dont tu parles est que – de la même façon que les dispositifs que je cite dans l’article – elle suppose un tiers payant. L’engagement des internautes est facile : ils s’engagent, une entreprise partenaire paye à leur place. C’est une vision plus one shot et court termiste. Les 2 approches sont complémentaires néanmoins.

  4. mademoisellep 04/10/2010 at 11:06 am #

    Je suis ravie de retrouver ROP, avec un excellent billet.

    Une remarque sur le don collaboratif… Je pense que la démarche est particulièrement intéressante dans ce que l’on appelle le “don affecté” à savoir une opération précise (doudous, maisons à construire, ou catastrophe naturelle d’actualité)…

    En revanche, pour les ONG qui se doivent de lever des fonds au quotidien, pour des opérations diverses et variées, des campagnes génériques, il me semble qu’il est plus difficile de susciter l’envie de donner … Car il est clairement pas facile de dire “nous avons atteint 2000 euros sur les 35 000 de notre budget de fonctionnement” :)

    A vérifier sans doute !

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