Le trafic de la mort

7 Jul

Sur Internet, il semblerait que l’Homme soit un vautour pour l’Homme. Phénomène que l’on a pu constater sur différents outils au cours du mois de juin. Le premier exemple relève plus de l’anecdote, et je n’aurai jamais pris de temps pour rédiger une note rien qu’a son sujet, mais il faut dire que ce qui suit fait office de bonne entrée en matière pour ce billet.

Vichy 2.0 ?

Pour ceux qui ont suivi l’histoire sur Twitter, je veux parler du cas tricheur vs maître chanteur que certains ont brillamment su utiliser pour leur génération de trafic. Cherchez un peu sur google si vous voulez en savoir plus.

Là où ce cas est terrifiant, c’est qu’un utilisateur de Twitter, espace se trouvant encore dans un halo schtroumphesque et Oui-ouiesque, s’est fait abuser par un autre alors qu’il lui faisait totalement confiance (le tout a débuté de façon publique sur Twitter avec un appel à l’aide du tricheur pour résoudre un exam, en privé via direct messages puis sur Gtalk où le maitre chanteur menaçât de dénoncer le tricheur à son école si ce dernier ne lui versait pas 300€ (contre 100€ initialement proposés comme rétribution par le tricheur). Le schtroumph tricheur ne cédât pas et laissât le maitre-chanteur s’exécuter et se pavaner à coups de tweets.

Abus de #toptrends

Moins anecdotique, car cette fois-ci il est question d’une marque, Habitat UK s’est fait épingler (crucifier, mais en plus doux) par les utilisateurs de Twitter, oui, encore eux. Un châtiment logiquement perpétré afin de punir l’utilisation peu responsable des hashtags sur le compte Twitter de la marque.

Habitat offrait en effet la possibilité de gagner une carte cadeau sur Twitter, et maximisait la visibilité de ses tweets en y apposant des mots clés relatifs à l’actualité brulante,  comme #mousavi, en référence aux élections en Iran. Ces mots clés permettent aux utilisateurs de Twitter désireux d’en savoir plus sur un sujet de s’y retrouver dans le moteur de recherche de l’outil de microblogging. Espérer passer inaperçu ce faisant confirme qu’être naïf est chose risquée sur le web.

habitatuk-twitter-search-hashtags2b1

capture : This is Herd

Bien qu’il semblerait que cette pratique absolument inadmissible ne soit pas du ressort de l’annonceur, mais de son prestataire/agence, et malgré les excuses très bien menées par Habitat, ce genre de comportement porte atteinte en profondeur aux marques essayant de pénétrer des réseaux dont les utilisateurs sont avant tout de grands communicants, dont l’intelligence collective laisse rarement passer de tels écarts.

Il y a quelques jours, un chanteur connu mourrait. Ensuite, Tout s’affolât. Twitter, Les charts et même Google ont subit les conséquences d’un raz de marée de requêtes identiques. Twitter était down, Google se croyait victime d’une gigantesque attaque, et itunes music store ne semble désormais vendre plus qu’une seule référence (capture).

apple-itunes-charts-after-you-know-what

Achat de mort clé

Tout ceci pour en venir à l’objet, ou plutôt le paroxysme de cet article. C’est une considération tout à fait personnelle mais je trouve ce troisième exemple vraiment pire que les autres. La palme revient donc à NRJ, Le Parisien et Femme Actuelle qui n’ont pas hésité à générer du trafic sur leur site respectif sur le bon dos du disparu. Des charognards du web, il y en a beaucoup mais ils ne se limitent qu’à traiter l’actualité, certes ils le font en optimisant leur discour, leur référencement naturel, leurs url, leur densité de mots clés, etc. Mais ces trois-là déboursent de l’argent à chaque clic généré par les utilisateurs de Google France. Je reconnais sans mal la proximité de cette pratique avec celles déjà éprouvées des magazines people,  des sites médias faisant la course à l’audience, etc. Mais ce que nous constatons est à mon sens bien pire.

Parce que moi aussi je suis un méchant vautour, voici les captures qui confirment d’ailleurs que nos trois amis ont volontairement voulu ressortir sur les termes utilisés lors de ma recherche, ainsi qu’en témoignent leur wording. (colonne de droite sur la capture)

adwords-de-la-mort1

Contrairement à ce que je viens d’expliquer, les utilisateurs de cette technique ne sont pas uniquement trois, lorsque l’on réitère la recherche en ajoutant le mot “mort” c’est le jackpot : Le Figaro, L’express, Europe1, Virgin, Wormee. (colonne de droite sur la capture)

adwords-de-la-mort2

Peut être que ce grand nombre de participants fait que j’ai totalement tort d’être aussi révolté, mais je persiste à dire que ce comportement n’est pas digne et mérite réflexion, et puis ce n’est pas parce qu’ils sont plusieurs à avoir tort qu’ils ont raison :).

Qui doit-on incriminer ? Les marques précédemment citées ? Les agences achetant les mots clés ? Les consommateurs de ce genre d’infos ? Google ? Doit-on incriminer quelqu’un ?

Pour finir j’en reviens à ma phrase introductive, et en tant qu’utilisateur, défenseur et addict du web tel qu’il est,  je ne peux que tristement constater que ce magnifique espace ne fait qu’exacerber nos plus mauvais instincts.

5 Responses to “Le trafic de la mort”

  1. Cyroul 07/07/2009 at 5:58 pm #

    ‘tain, mais c’est une mode ou quoi ?
    Cavazza a blogué ce matin : Twitter est-il définitivement corrompu ? et voilà que tu écris cet article.

    Car, oui, vous avez raison tous les deux, la plupart des marketers sont des charognards sans foi ni loi avides de solutions faciles. Sauf, que je ne comprends pas pourquoi vous avez mis si longtemps à vous en apercevoir.

    Le spam e-mail est une technique de charognard, l’affichage non désiré de bannière pop-up est une technique de rat puant, le jeu concours récupération d’adresses e-mail est une technique de pourri jusqu’à la moelle, et l’advergame facebook est une technique d’en* profond…

    Donc à côté de ça, le SEO-morbide ou le détournement de hashtag c’est de la petite bière (justement, haha).

    Et puis, quand les première bannières de pub ont débarqué sur le web, il y a eu des levées de boucliers anti-pub. 15 ans après, on voit le résultat.
    Des zones (blogs, sites, etc.) sans pub et d’autres avec.
    Twitter et les autres services web seront pareils. Des nids à saletés marketing, ou des lieux privilégiés investis avec sagesse par les marques.

    Aux marques de savoir quelle attitude adopter: Conversation vs interruption !

  2. Clément 07/07/2009 at 11:23 pm #

    En fait ça fait bien une semaine que je m’occupe de cet article, et je sais bien que le concept n’est pas nouveau, mais quand en un mois tu vois trois phénomènes du même genre ça soulève peut être la nécessité de se poser des questions. Ce qui est drôle au sujet de Twitter, c’est que j’ai vu un article traitant d’un sujet proche chez bbb : http://bienbienbien.net/2009/07/06/twitter-superstar-du-clash/

    Belle revue des dérives à vocation commerciale sur le vèbe, soit dit en passant :)

  3. Cyroul 08/07/2009 at 9:39 am #

    Pour ma part, j’aime et j’encourage cette levée de bouclier anti-mauvaises pratiques.

    C’est juste mon côté hyper-cynique de vieux con qui a fait toutes les guerres qui imagine que ça ne changera jamais (levée de bouclier ou pas).

    Mais il faut y croire !
    Revolution ! No Pasaran !

  4. Greg 08/07/2009 at 10:11 am #

    La mort, la récupération, les opportunistes marketing sont les lieux de tous les médias. Est ce qu’une marque qui achète “mort” sur le web est plus coupable que tf1 qui diffuse 2H30 de concert de MJ alors même qu’elle ne l’avait jamais fait ? L’actualité, le show, le buzz est aujourd’hui retransmit de manière massive sur tous les médias FB, Twitter, le web est tous les autres, ne parlent que de MJ. L’opportunisme des diffuseurs n’est pas nouveau et je trouve même cela pire lorsque ca concerne des catastrophes naturelles, comme le raz de marée provoqué il y a quelques années par le cyclone en Thailand… Bien sur il faut rester vigilant et cet article fait d’ailleurs beaucoup pour cela. Mais je ne serai pas aussi négatif sur le fait qu’internet je cite “exacerbe nos plus bas instincts”. Internet c’est ce qu’on en fait et qui le fait. On retrouvera toujours des gens peu scrupuleux qui trouveront tous les moyens possibles pour arriver à leur fin, quelque soit le médium. Merci pour cet article qui raffraichit les idées et ne nous fait pas oublier qu’Internet n’est pas un nouvel eden moral.

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  1. Social Media expert = spammeur ? – [Cyroul.com] - 11/07/2009

    [...] des mots-clés tirés de l’actualité, pour gagner des lots (tout est bien expliqué ici : Le trafic de la mort). Résultat : un détournement du hashtag qui lui enlève son utilité première. Et ceci sans [...]

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