De Jacques Audiard à Clara Morgane : comment parler des violences conjugales ?
Catégories (Com éthique) by MonsieurP on 28-07-2009
Mots clés : amnesty, battues, clara morgane, conjugale, femmes, nina roberts, violence
Nous sortons de la polémique du faux spot porno Sprite. Résultat ? On s’est davantage interrogé sur la question du droit à l’usage du logo moche et d’une bouteille en plastique que sur l’image toujours plus catastrophique que la publicité (y compris online) renvoie de la femme. Pendant ce temps, un autre sujet, un brin moins chatoyant, a été plusieurs fois abordé publicitairement ces dernières semaines et est passé inaperçu…
Si on considère le nombre de campagnes de sensibilisation différentes ayant trait aux violences faites aux femmes en 1 mois, il y a lieu de se dire que le problème est non seulement entier mais vraiment inquiétant. Un peu désordonnée et a priori pas concertée, cette rafale de spots aux tons et angles d’attaque variés nous rappelle qu’en France, 1 femme décède tous les 3 jours suite à des violences. En France.
Gouvernement, associations, ONG voire initiatives individuelles se sont ainsi relayés sur le sujet, le tout porté par de grands noms du cinéma ou des stars du cinéma traditionnel ou pornographique.
Amnesty relance le débat et tance l’Etat
Réalisé par Olivier Dahan, le film choc d’Amnesty France bénéficie également de la présence de Didier Bourdon et Clotilde Coureau. Il détourne habilement les codes du film muet pour délivrer un message simple (briser le silence) et entend améliorer la prise en compte sociétale du sujet et l’implication de l’Etat. Reste qu’au vu du faible nombre de vidéos visionnées et de retombées générales à ce jour, son impact parait limité. Reste donc le joli prix publicitaire gagné par TBWA pour cette campagne violente et créative… Il est vrai qu’elle ne peut laisser personne indifférent :
Mais que fait le Gouvernement ?
Il communique. Et bien d’ailleurs comme nous l’avions relevé il y a quelques mois sur une initiative très bien pensée pour les femmes internautes. Un site donc, un numéro (le 3919) et une campagne récente du ministère du Travail et de la Solidarité :
Corps, créativité et engagement de 2 actrices porno
L’idée est la bonne : communiquer directement là où se propagent une partie des idées les plus néfastes et des images les plus dégradantes pour la femme. Il ne s’agit pas de faire un procès ou des amalgames sur le porno (surtout pas), mais de considérer que c’est l’un des lieux de sensibilisation online les plus pertinents sur un tel sujet. Ça oui.
Un regret : pourquoi ne pas avoir poussé la démarche vers un partenariat avec les plateformes vidéos X pour héberger et diffuser ces spots…? Une simple recherche dans les moteurs de 2 sites parmi les plus fréquentés m’a confirmé que les films n’y figurent pas. C’est pourtant dans ce contexte que leur impact aurait été le plus fort.
Clara Morgane d’abord, sans qui le spot du Collectif Féministe Contre le viol n’aurait évidemment pas eu un tel retentissement. Avec une notoriété populaire immense en France, sur un public masculin ET féminin d’âge varié, le potentiel était fort, l’idée brillante. Le film aligne pourtant d’emblée les clichés et son message s’aplatit sous l’absence de message crédible et de conviction. Au final, le spot renforce davantage le fantasme du rapport non souhaité qu’il ne le combat. Le dosage sur un tel sujet est difficile, ok, mais le rendu est ridicule :
Pauvre et sans portée. D’où la réponse très réactive d’une autre star du milieu annoncée sur son blog. Beaucoup plus crue et expéditive, Nina Roberts et 2laloose, un collectif créatif, estiment que le spot porté par Clara Morgane n’est pas réaliste ni utile. La réponse est bien plus dure et largement relayée en ligne :
Disparité de traitement, variété des stratégies de diffusion et des partis pris créatifs : la constante de ces campagnes est l’anachronisme ressenti de leur message. “L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation” (Stendhal). Continuons de le montrer et d’en parler au plus grand nombre : la communication est l’un des outils du combat. Et buvons du Sprite.

T’es sur pour le Sprite ?
blague à part on s’aperçoit avec ce petit zapping de com consacré à la violence faîte aux femmes, qu’il ne suffit pas de dénoncer le problème, encore faut-il trouver un angle pertinent et efficace. une fois n’est pas coutume, c’est l’Etat qui a touché juste.
Bon article qui interpelle. Et qui pour ma part suscite tout un tas d’interrogations.
D’abord sur la comm en elle-même : on en revient toujours au même problème, est-elle à même de faire évoluer les comportements dans l’effectivité (et pas seulement pendant les 30 secondes d’un spot) ? J’ai également un peu de mal avec cette communication qui s’inscrit dans un contexte où le corps de la femme (symboliquement ou physiquement) est constamment utilisé dans la pub / comm. Exemple concret (qui ne m’est pas arrivé mais qui est vraisemblable) : je regarde le spot d’Amnesty, tourne la tête et tombe sur la 4e de couverture d’un mag branchouille (Vice pour ne pas le nommer) où un bandeau de tissu rouge, tendu sur une paire de fesses rebondies, ne manque pas d’attirer mon attention. Eh oui, entre Amnesty et American Apparel (l’annonceur de la pub en question) il n’y a qu’un regard pour les séparer…n’y aurait-il pas hiatus ?!
Enfin, après ce couplet un brin réactionnaire, je voudrais également revenir au rôle de l’Etat dans tout ça. C’est à présent la libérale en moi qui parle mais, au risque de choquer, j’ai un peu de mal avec le fait que l’Etat s’empare du sujet via une campagne. Flippant de constater qu’en démocratie, l’Etat soit un des communicants dénonciateurs de la violence conjugale. Certes, cela met en exergue le problème, mais je ne pense pas que cela soit fabuleux en termes d’efficacité. Les acteurs associatifs, eux, ont à mon sens 10 000 fois plus de légitimité à défendre leur cause par le biais de la communication (même si parfois cela peut sans doute la desservir cf le clip de Clara Morgane). A l’Etat de condamner (juridiquement) les violences conjugales, évidemment, mais une comm venant de l’Etat qui dit en substance “ne bats pas te femme steup”, au 21e siècle, ça me fait froid dans le dos.
D’aucuns me rétorqueront : mais tu ne veux quand même pas fermer les yeux sur ce problème ? Non, bien sûr que non. Je mets simplement en cause l’utilisation de la communication par l’Etat. D’autres pourront me rétorquer : dans ce cas, qu’en est-il de toutes les communications étatiques alors, sur le “manger bouger” par exemple ?
Euh… là je propose d’en discuter autour d’une bière car c’est un vrai débat
Hey MonsieurP, j’ai pensé le faire cet article (tu as lu dans mes pensées ou quoi ?)
La différence entre la vidéo de ClaraMorgane et celle de Nina Roberts est tellement marquante qu’il fallait en effet en parler.
Une vidéo de Barbie vs une vidéo de la vraie vie. Ou quand les communicants voient la vie comme un dessin animé avec des jouets promotionnels.
Le rap aussi parle des violences conjugales.
Je vous conseil d’écouter le morceau “Bête humaine” de ce groupe de musique libre soulconnexion.
Cette musique est magnifique
http://www.jamendo.com/fr/album/48465
A +
Henry